Le design thinking, ou l’innovation wabi-sabi.

Lionel - Il y a 1 année

La culture digitale se fonde sur le modèle du web, une structure distribuée et décentralisée, plate, ouverte, interconnectée et mouvante. Ce modèle marque fortement le design digital, qui s’écarte peu à peu de la pensée classique – des formes nettes, pures et achevées, des structures rationnelles et définitives, des cathédrales – pour se rapprocher d’une vision irrationnelle et anti-esthétique, proche du wabi-sabi japonais.

Aborder sereinement les risques liés à l’innovation

Le design digital ne pense plus la beauté en termes d’achèvement, de durabilité et de netteté des contours, mais en termes d’impermanence, d’imperfection et d’incomplétude, sur le mode wabi-sabi. Et si on lui cherchait un symbole, on pourrait également l’emprunter au wabi-sabi : ce serait la hutte que se prépare le voyageur à la tombée du jour, en liant des joncs par leur sommet, et qu’il défait le lendemain, ne laissant plus de son passage qu’une trace à peine perceptible.

La culture du design wabi-sabi

L’esthétique wabi-sabi est une source d’inspiration puissante pour le design en tant que moteur d’innovation. Elle sait accepter, comme vérité métaphysique, le caractère provisoire de toute chose émergeant du non-être ou y retournant progressivement. Elle renonce à une définition nette et définitive des objets (et d’elle-même), abolit toute hiérarchie et se concentre sur l’intrinsèque. Dans ses présupposés, ses méthodes et ses résultats, le design thinking offre des similitudes éclairantes avec le wabi-sabi qui peuvent certainement nourrir les réflexions des designers – c’est le cas dans le lab Vertical-studio dédié au design et à l’innovation.

Le design thinking envisage avant tout le processus, non seulement comme antécédent de l’objet, mais également comme modalité de réception de l’objet. Le design n’aboutit donc plus à un objet dont la signification serait donnée de manière préétablie et univoque, mais à une expérience. L’esthétique (au sens de la beauté) de l’objet ne se mesure pas à son équilibre ou à ses proportions parfaites, mais à sa charge informationnelle. Et cette charge est d’autant plus grande que l’objet est irrégulier, c’est-à-dire non prévisible et atypique, ouvert à des interprétations multiples.

Le prototype est le résultat

Il est difficile de définir et de délimiter exactement le design thinking, autant qu’il est difficile de définir le wabi-sabi. Ce dernier est ineffable, il se transmet par l’apprentissage des formes (le cérémonial, la répétition des gestes) et non par le rationalisme du langage. Le design thinking est une praxis et non une réflexion théorique (ses fondements théoriques, si seulement ils sont identifiables de manière certaine, seraient à chercher du côté de l’anthropologie et de l’ethnographie, elles-mêmes approches pluridisciplinaires d’observation et de synthèse). Le design thinking consiste à mettre en pratique des modes de pensée intuitifs tels que la spatialisation, la synthèse ou l’abduction, et de tester la validité des hypothèses de manière itérative, au moyen de prototypes.

Le wabi-sabi est intimement lié à la cérémonie du thé. Il faut voir la cérémonie comme un instant de libération des énergies, incomplet et impermanent, puisqu’il ne dure dans son essence que le temps de la cérémonie. Dans un lieu structuré dans ce seul but, une transaction a lieu au cours de laquelle des énergies sont libérées, un événement dynamique d’où jaillit la beauté. Le design thinking cherche à structurer ces lieux, réels ou symboliques, où s’organisent des possibilités. Le monde du possible, l’univers en constant développement, c’est la quintessence de l’innovation.

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